Défonceuse : 3 techniques pour usiner vos mortaises

Depuis 15 ans, j’utilise la défonceuse pour mes assemblages. Je vous propose aujourd’hui de découvrir au minimum trois méthodes pour être capable d’usiner vos mortaises avec la défonceuse. 

Je vais me placer dans le cadre du débutant qui vient d’avoir une défonceuse et qui se dit qu’il va pouvoir faire de vrais assemblages. Les 3 méthodes pour ce dernier:

  • Avec un double guide pour la défonceuse, un must pour débutant. 
  • Avec un petit montage d’usinage très simple.
  • Avec mon montage d’usinage polyvalent.

Le problème du guide parallèle : 

Lorsqu’on reçoit une défonceuse, on a en accessoire le guide parallèle. Ce guide est simple et pratique lorsqu’on travaille sur la face de la planche. Cependant pour un assemblage par faux tenon par exemple, on travaille sur le chant. On peut le plaquer contre la face, mais la défonceuse commence à tanguer. Avec cet accessoire les premiers usinages sur le chant d’une planche ne sont pas simples. Avec de l’entrainement on peut arriver à faire une première mortaise (dans notre montant). On a la première partie de l’assemblage, mais pour notre traverse, il va falloir usiner à l’extrémité qui est encore moins large. On peut basculer dans toutes les directions.

Première solution : Avec un double guide 

J’ai développé un montage usinage inspiré d’un double guide Bosch (cf. photo ci-dessous). Ayant deux défonceuses Bosch, j’ai pu avoir deux fois le même guide, me permettant de les monter sur la défonceuse. 

Doubler le guide est une astuce très pratique lorsque l’on n’est pas trop à l’aise. Ce double guide règle le problème de travailler sur le chant, mais pas celui du travail à l’extrémité, car la défonceuse peut toujours basculer.  

Voici un petit montage simple qui reproduira le même travail que le double guide précédent. 4 bouts de contre-plaqué et 4 boulons. On glisse de chaque côté de la défonceuse et on a le même résultat.

         Tuto utilisation :

On va travailler sur le chant. Je trace au trusquin l’axe de ma pièce. L’idée est de travailler de telle sorte que ce soit centré et que l’axe de ma fraise soit centré sur le trait que je viens de faire. Pour cela, vous allez regarder votre défonceuse, sur la plupart vous allez avoir un petit trait d’axe de chaque côté (ici sur la mienne j’en ai plus que deux).

Ils sont marqués sur la semelle, ce n’est pas d’une très grande précision, mais c’est largement suffisant. 

Je place ma machine avec les doubles guides sur le chant. Je me mets bien dans l’axe pour ne pas avoir de problèmes de parallaxe puisque mon trait n’est pas en contact. Une fois la défonceuse en contact, je viens régler mon guide. Je commence par les joues de droite puis je viens plaquer le guide à gauche et je serre les joues de gauche. 

J’ai tendance à trop serrer ce qui n’est pas l’idéal. Je vous livre une petite astuce pour relâcher la pression. Lorsqu’on veut faire un réglage précis (double guide ou simple), on ne desserre qu’un seul axe à la fois. Je commence par en desserrer un. On teste le mouvement de la défonceuse pour savoir si elle coulisse bien. Ce n’est pas le cas, on desserre alors l’axe diagonalement opposé pour être centré. On teste de nouveau. Si ce n’est pas suffisant, on fait de même avec les deux autres axes. Il faut que la défonceuse se déplace de manière souple.

Une fois les réglages faits, je peux retirer la défonceuse et venir tracer l’emplacement et les dimensions de la mortaise. Ici, je vais utiliser une baguette qui me servira de faux tenon.  

Pour le déplacement, on a la possibilité de travailler avec des butées ou à l’œil.

Même si l’on peut travailler avec des butées, généralement lorsqu’on va faire nos mortaises on va être proche de l’extrémité. Donc souvent je ne pourrais pas fixer la butée sur le bois pour l’un des côtés. Je peux avoir ma butée sur la zone de départ, je vais savoir où je vais commencer, mais pas où je vais finir. La plupart du temps, on devra donc travailler à l’œil. 

Pour l’usinage, il y a plusieurs techniques : 

  • On peut faire des allers-retours et descendre progressivement. Cette méthode est extrêmement pratique lorsqu’on a des butées.
  • On peut plonger directement. On commence à plonger au niveau de la sortie, car c’est là qu’il n’y a pas de butée et qu’on n’a pas un très bon visuel. On plongera à différents endroits puis on viendra nettoyer en aller-retour. 

Je vais ici utiliser la seconde méthode. 

On commence par régler la profondeur. Là, je suis en butée. La hauteur que je vais mettre correspond à la profondeur de la moitié de mon faux tenon ou la profondeur de ma mortaise. 

On met les protections puis on commence à usiner. Pour la position avant sans butée, je vais venir placer ma défonceuse sur le trait sans le mordre puisqu’il est à l’extérieur de mon domino. Je remonte la fraise, car elle ne doit pas être en contact avec le bois au moment où je démarre la défonceuse. Ici ma fraise est hélicoïdale, je vais pouvoir plonger.  

Après avoir plongé plusieurs fois tout le long, je viens nettoyer en déplaçant la défonceuse de droite à gauche.  

Dans cet assemblage, ce qui est important c’est d’être précisément ajusté en largeur. Si l’on a des jours sur les bords ce n’est pas très grave, cela permet éventuellement de faire remonter la colle. 

 Bien choisir ses fraises : 

Pour cette explication, je vous ai sorti trois fraises et je vais vous en parler dans l’ordre que je les ai achetés. 

  • La première : 

Une fraise bas de gamme. Un couteau à gauche et à droite, au milieu dans l’axe, il n’y a rien. Donc si je plonge je vais faire de petites rayures, mais il n’y aura rien au milieu. Je ne vais pas pouvoir plonger. On peut réussir à faire un faux tenon, mais il va falloir avancer d’avant en arrière sans plonger directement. 

  • La deuxième : 

Celle-ci est plus grosse, elle ne sera pas faite pour faire une mortaise, mais il est intéressant de la montrer. J’ai deux couteaux latéraux et j’ai également un couteau dans l’axe. Cette fraise va pouvoir plonger, mais elle ne va pas le faire efficacement. 

  • La troisième : 

Une fraise hélicoïdale, on dirait presque un foret. C’est celle que j’ai utilisée précédemment pour la mortaise. Elle plonge facilement.  

Vous pouvez retrouver cette vidéo où je parle plus en détail des fraises :

Avec ce montage double guide, j’ai pu travailler sur le chant avec stabilité. Pour autant, je n’étais pas prêt de l’extrémité. Si j’avais mis ma mortaise à 1cm du bord, ma défonceuse basculerait. Il faudra alors avoir une certaine habileté et les deux mains vont devoir avoir un mouvement pour retenir la défonceuse et rester bien à plat. On met tout le poids de la défonceuse sur le côté opposé à l’extrémité. 

On n’a pas d’équilibre à l’extrémité de la planche. Il va falloir augmenter la surface d’appui et faire un montage qui aille plus loin que cette solution afin d’apporter stabilité et précision. 

Deuxième solution : Un montage usinage simple et efficace.

Voici le deuxième montage à double guide qui permet l’équilibre même à l’extrémité. Il apporte un énorme gain de précision. 

On retrouve là aussi des joues entre lesquelles on va venir y coincer notre bois. On limite le déplacement de la défonceuse grâce à la butée au milieu. Il est possible de placer la défonceuse de chaque côté de la butée. Je peux ainsi limiter la longueur du déplacement ce qui est très intéressant, car on est plus obligé de seulement se fier à l’œil et aux petits traits. Ce montage utilise pour la première fois une bague à copier qui va permettre un guidage longitudinal. 

La cerise sur le gâteau, le trou au milieu est un indicateur nous permettant de viser.

On va d’abord faire le réglage du montage usinage pour usiner une petite mortaise dans le contre-plaqué, notre indicateur. Le contre-plaqué peut bouger en forçant un peu.

Ce montage peut très bien être fixé fermement à l’extrémité du bois. Si c’est le cas, ma défonceuse reste en équilibre au-dessus. 

Tuto utilisation : 

Ici, ça tombe bien, ma petite mortaise a la même largeur que la baguette, mais elle n’est pas assez longue. Il va falloir l’agrandir. 

Pour ce faire, je mesure la longueur de la baguette, ici 31mm et j’ai 8 mm de large. Si ma défonceuse ne bouge absolument pas et que je plonge, je vais faire un trou de 8mm. Donc ça veut dire que quand on a zéro mm de débattement on a déjà 8 mm. Je dois prévoir un débattement de 31-8 soit 24 mm. Je viens placer la défonceuse avec la bague à copier correspondante et je la décale du bord de 23 mm afin de me laisser une petite marge. 

Une fois la défonceuse placé, je viens fixer ma butée contre, attention à ne pas faire bouger la défonceuse. Je peux maintenant usiner mon indicateur. Avec ce système, on a l’avantage de pouvoir vérifier à l’avance la taille de la mortaise avec la baguette. 

À présent, je sais où j’usine, je n’ai plus qu’à placer le gabarit sur mon extrémité là où je souhaite usiner la mortaise. Je vais centrer à l’œil. 

Petite astuce : Je vais marquer une joue au stylo. Cette joue ce sera côté parement, pour tous les assemblages que je vais faire avec ce réglage-là, je vais être côté parement. Ainsi, si mon domino est un petit peu de travers, peu importe, je vais reprendre le même réglage et je vais me remettre exactement au même endroit. J’aurai donc quelque chose qui sera précis, car j’ai bien la même référence. 

Pour le placement du gabarit sur l’axe, on prend son temps pour être le plus précis possible puis on vient serrer les joues. Je place un serre-joint pour encore plus de stabilité. Je suis parfaitement réglé et immobilisé avec en prime une super surface d’appui pour usiner ma mortaise sur une extrémité. 

Sur cet exemple, je ne vais pas plonger, mais je vais venir faire des allers-retours maintenant que j’ai des butées. 

Ce qui est intéressant avec ce gabarit et cette astuce pour savoir là où on usine, c’est que vous pouvez tracer tous vos assemblages et venir placer le contre-plaqué juste au-dessus. On usine exactement à la dimension du contre-plaqué. 

Je coupe la baguette selon la profondeur de la première mortaise que j’avais faite, puis j’emboite la première planche faite précédemment. Nous avons un assemblage par faux tenon.

En téléchargeant le plan du gabarit multi-assemblages, vous pourrez également télécharger le plan de ce gabarit simple.

Troisième solution : Le gabarit multi-assemblages 

Ce gabarit c’est un peu mon couteau suisse, il permet de faire à peu près tout : tenon et mortaise, faux tenon, queue-d’aronde, etc. C’est mon gabarit multiassemblages. Il sera plus compliqué à réaliser, il est plus destiné à des gens qui ont déjà utilisé la défonceuse, une scie circulaire plongeante. Il faut par exemple une défonceuse sous table pour pouvoir réaliser ce montage. 

Vous retrouverez les plans de ce gabarit ici :  https://tout-en-bois.com/gabarit-multi-usage/cartflows_step/gma-lprs-2/

C’est un montage qui permet de faire beaucoup de choses rapidement. Notamment grâce à cet insert un petit peu complexe à réaliser avec une partie en plexiglas. Il est capable de faire un assemblage par tenon et mortaise en un seul réglage simplement en changeant de bague à copier. Un jeu de bague à copier, on usine autour et il va rester au centre un tenon. Une autre bague à copier, on usine au centre et on fait la mortaise. 

On est toujours guidé par une bague à copier, mais la petite plaque en plexiglas permet de limiter la course.

Ici pour faire cet assemblage par faux tenon, on va utiliser un autre insert de 40mm, plus simple. Le guidage se fera également avec une bague à copier et des butées pour limiter le déplacement. Les butées sont déjà montées sur le gabarit. 

Pour commencer, on va installer notre bois juste en dessous, préalablement marqué dans l’axe avec le trusquin. Je place la planche juste sous le guide. 

Il va maintenant falloir placer parfaitement le petit plateau au-dessus. Il me faut une petite astuce pour savoir où je vais usiner et régler le reste du gabarit. Pour cela, j’ai une petite baguette de plexi marquée parfaitement dans son centre et aux dimensions de l’insert. J’aligne le trait du plexi sur le trait de trusquin. Une fois cela fait, je viens verrouiller le plateau supérieur. 

Il me reste à régler les deux butées. Comme précédemment on va régler les butées pour 23mm de décalage. Le réglage est beaucoup plus simple, on va venir plonger à gauche et régler la butée et réciproquement à droite.

Je règle la profondeur désirée sur la défonceuse et je suis enfin prêt à usiner. Comme précédemment j’utilise la méthode des allers-retours. 

Certes, le gabarit est complexe à réaliser, mais on a une méthode plutôt simple et pratique en termes de réglage et d’utilisation. Je suis ravie de vous partager cette rétrospective et ces trois astuces pour usiner des mortaises. 

Retrouvez tous les détails de cette rétrospective en vidéo :

Pour rappel, vous retrouverez les plans du gabarit multi-assemblage ici (ainsi que ceux du montage simple en remerciement) : https://tout-en-bois.com/gabarit-multi-usage/cartflows_step/gma-lprs-2/

Retrouvez mes formations ici : https://tout-en-bois.com/apprendre-la-menuiserie/

  • Salut Samuel,
    Est-ce qu’il serait possible de trouver les plans de ton deuxième gabarit quelque part ?
    Merci pour tes vidéos qui sont très pédagogiques et pratiques.

    • Bonjour Fred, le plan du deuxième gabarit est offert en remerciement après vous êtes inscrit gratuitement pour recevoir le plan du GMA. Juste après avoir rentré vos coordonnées et appuyer sur “recevoir le lien ..”, au même emplacement, vous aurez le lien pour télécharger ce gabarit en remerciement.

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